Portrait n°6

François

Designer

Vous, en quelques mots ?

Je suis un « late bloomer ». C’est une expression en anglais qui veut dire que toute la vie nous sommes une fleur qui s’ouvre, que la floraison est tardive. Finalement c’est comme si j’étais le Benjamin Button du design. Je partage mon temps entre New-York et Eindhoven. J’ai habité plus de 25 ans à New-York. Depuis presque trois ans maintenant, je vis à Eindhoven la moitié de l’année, et l’autre moitié à New-York.
Concernant mon travail dans le design ça n’a pas été une ligne droite ; les choses n’ont jamais arrêté d’évoluer. J’ai démarré comme consultant marketing et un jour j’ai commencé à travailler avec mes mains. J’ai eu un atelier pendant quinze ans ; ça a été une belle aventure qui m’a aidé à me débarrasser de ma folie de l’objet. J’étais comme beaucoup de gens, un malade de l’objet ; c’était comme une drogue et j’ai eu besoin de m’en éloigner. Aujourd’hui comme designer j’essaie de trouver une fonction utile à l’objet. Je suis en train de créer une fondation pour aider des gens qui ont des troubles du neuro-développement à s’exprimer au travers de l’objet et du design et de communiquer avec.
En fin de compte le design c’est comme le vélo pour moi : l’histoire d’une vie.

Votre mode de déplacement au quotidien ?

Je suis tout le temps à vélo. J’ai toujours fait du vélo même avant de vivre à New-York. À Eindhoven c’est la même chose, car la Hollande est le paradis du vélo.

Le vélo, mode de déplacement ou style de vie ?

Les deux ! C’est mon mode de déplacement depuis des années. Je me suis toujours déplacé à vélo en ville, sauf peut-être lorsque j’étais enfant dans le nord de la France.
Et un style de vie, oui car c’est ma vie. Que ça soit l’endroit où l’activité que j’ai pratiquée, j’ai toujours été à vélo.

Quel type de vélo utilises-tu ?

J’en ai quatre : un Cinelli single speed, un vélo cargo Backfiets, un vélo hollandais de ville Gazelle, et ici à New-York j’ai un Globe city bike

Comment es-tu habillée à vélo ?

J’ai un casque à New-York mais pas à Eindhoven. Ça dépend de ce que j’ai à faire de ma journée et des intempéries. Depuis trois ans j’ai un ciré Rains qui marche bien et j’ai des Nike en Gore-Tex. Je porte des casquettes Huf parfois.

Quel sont les accessoires qui ne te quittent jamais ?

Assez basiquement un IPAD et un ordinateur. J’ai toujours dans mon sac une gourde Le Grand Tetras, classique très pratique que l’on trouve aujourd’hui uniquement sur Ebay. J’ai aussi toujours un Opinel, une marque avec qui j’ai eu la chance de travailler et pour qui j’ai designé un couteau. Mes crayons à papier m’accompagnent toujours, notamment des Ticonderoga, jaune ou noir et un feutre Pentel.
Quand je me déplace j’ai mon cahier Clairefontaine recouvert d’une protège-Cahier Hermès, à la maison ou à l’atelier j’ai de grands carnets sur lesquels je dessine beaucoup au crayon de papier.

Quelle est ta relation à la mode ?

Je n’ai pas vraiment de relation à la mode. Je lisais une interview d’Isabel Marant qui disait que ce qui l’intéressait « ça n’est pas la mode mais le vêtement ». Ça résume bien ce je pense aussi, notamment pour le design : ce qui m’intéresse c’est l’objet utilisé par les gens pas le design.
Pour la mode c’est pareil : je réfléchis plutôt au vêtement plutôt qu’à la mode. La seule époque où j’ai dû faire des efforts c’était celle où j’étais consultant et où je devais porter des cravates. Mais finalement mon style n’a pas changé depuis que je suis adolescent : c’est l’idéal des vêtements américains avec des touches, parfois, de fantaisies. Des pantalons de travail Dickies ou Carhartt, des Nike ou des Vans, des sweatshirts, ou des pull Saint James. Pour les petites touches de fantaisie je porte des petits foulards Vivienne Westwood.
Ma fille se moque de moi avec mes foulards en me disant que je suis un punk sur le retour.

Quel type de sac à main utilise-tu ? (sac à dos, besace, pochette, tote bag…)

J’en ai trois principaux. J’utilise un sac à dos depuis toujours. En ce moment j’ai un Ortlieb que j’adore et surtout depuis que je suis en Hollande car il pleut beaucoup. Sinon j’ai mon sac Tote Bag de chez Jack Spade, je l’ai depuis douze il est dans des matières incroyables. Il me sert pour les rendez-vous professionnels par exemple. J’avais fait refaire les poignées dans le New Jersey. J’ai également un gros sac de week-end qui est resté à Eindhoven de chez Baggu. C’est la marque de deux nanas que j’ai rencontré à Brooklyn mais qui vivent maintenant en Californie. Elles sont supers. Le sac est en nylon, assez gros, pratique pour faire des courses.

Une anecdote à vélo ?

Lorsque j’ai rencontré ma femme Kathleen, à vingt ans, en Bavière, nous nous nous connaissions depuis à peine une semaine et nous sommes partis à vélo tous les deux de Munich pour une expédition le long du Danube. Notre périple a duré deux semaines ; c’était l’un de nos premiers « date ». J’ai une autre anecdote de l’époque où mon père vivait au Danemark et où j’étais parti de Compiègne à vélo pour le voir. Je faisais ce qu’on appelle du cyclotourisme. J’ai fait ça aux USA également.
Le vélo a ponctué tous les évènements de ma vie, qu’ils soient personnels ou professionnels.

« Je suis un « late bloomer ». C’est une expression en anglais qui veut dire que toute la vie nous sommes une fleur qui s’ouvre, que la floraison est tardive « 

Le vélo dans votre ville ?

Quand je suis arrivé à New-York avec ma fiancée, en 1994, je suis devenu coursier vélo. Je ne trouvais pas le boulot que je voulais vraiment faire. Cette expérience m’a permis de découvrir la ville et des endroits où je ne serais jamais allé. À l’époque il n’y avait pas beaucoup de gens qui faisait du vélo, c’était un peu la jungle.
Aujourd’hui ça a beaucoup changé mais même si des aménagements ont été fait, comme des pistes cyclables, je me sens toujours un peu mal à l’aise car il y a beaucoup de conducteurs qui ne sont pas respectueux des vélos.
Il faut être toujours très alerte en pédalant à New-York car il y a de gros risques d’accident.
Alors qu’à Eindhoven, comme dans tous les Pays-Bas, tout est fait pour le vélo. Il y a différents types de pistes cyclables, locales, urbaines, intra-urbaines, des autoroutes, des ponts spécialement pour les vélos.
Parfois c’est carrément impossible de garer son vélo car il n’y a plus d’espace tellement il y en a.
Il est très pratique aussi d’aller à Amsterdam d’Eindhoven. En 1h20 de train, tu peux y être, avec ton vélo, et cela ne coûte que trois euros. C’est extraordinaire cette façon que le pays a eu d’intégrer le vélo aux transports en commun. Tu peux vivre sans voiture ici, c’est formidable.
À New-York je suis souvent énervé et un peu angoissé alors que pas du tout à Eindhoven où je suis très calme ; cela doit surement être dû au vélo et à la qualité de vie. Alors évidemment tu n’as pas l’excitation de New-York et parfois ça peut être un peu ennuyeux mais ça n’est pas très grave dans le fond.

Le temps d’un week-end à Eindhoven : quels sont les lieux à visiter ?

Il y a deux musées que j’adore : le Van Abbemuseum qui a de belles expositions et une collection permanente de qualité, et l’ancien site industriel de Philips qui a été transformé par Piet Hein Eek en « design factory ».
Ce qui est intéressant ici c’est qu’un tiers de la ville est fait d’espace vert, de parcs.
Kazerne est un endroit génial, il y a un super restaurant, une boutique, une galerie, une salle de théâtre.
Il faut voir Strijp-S, c’est un quartier et un ancien parc industriel. La zone appartenait à la société d’électronique Philips. Depuis 2000, des entreprises créatives et des logements ont été créés dans les anciens bâtiments industriels. Derrière il y a Sectie C, plus petit, plus intime, plus authentique.
J’aime aussi le Philips Observatoire aussi qui ressemble à un lieu que tu pourrais retrouver dans Tintin.
Il y a aussi beaucoup de surplus industriel des endroits « bizarres » ou tu peux acheter des trucs « bizarres ». A l’Industrielle Veiling, Il y a tout là-bas : des machines, des radiateurs, des ventilateurs. C’est une ancienne usine où l’on travaillait le bois à la vapeur. Le plafond est entièrement en teck. C’est fou.
Eindhoven n’est pas une « belle ville » de carte postale, c’est même plutôt une ville assez laide en fin de compte mais qui est attachante de par son héritage industriel, elle a su le préserver et le transformer. C’est une sorte de laideur magnifique.
J’adore aussi le musée DAF ! c’est un lieu incroyable ; Ma grand-mère avait une DAF jaune. C’était de jolies petites voitures qui avaient des couleurs extraordinaires. Cette marque était connue pour ses boites automatiques. Pour les gens comme ma grand-mère c’était la voiture idéale.
Et bien sûr La design Eindhoven Academy qui est un lieu culturellement très important pour la ville.

Quel modèle de sac te ressemble ?

Le Tako n°1 a une belle forme et est beau avec sa bande de couleur. Il est pratique à mettre sur le porte bagage. C’est un sac parfait pour le vélo.

« Le vélo,c’est mon mode de déplacement depuis des années. Je me suis toujours déplacé à vélo en ville, sauf peut-être lorsque j’étais enfant dans le nord de la France.
Et un style de vie, oui car c’est ma vie. Que ça soit l’endroit où l’activité que j’ai pratiquée, j’ai toujours été à vélo. »

Portrait chinois

Si tu étais une ville ?

Marseille ou Montréal
Marseille, J’adore cette ville et j’aimerai beaucoup y vivre. J’y ai étudié dans une école de commerce qui ne me rendais pas très heureux car je n’étais pas dans mon élément.
J’aimais cette ville qui était tellement inhabituelle pour moi car ma famille vient plutôt du Nord de la France. Je vivais près du Prado et j’allais sur le campus qui était à 12 kilomètres, à vélo.
Je n’y ai pas vraiment de passé. J’aime la ville, la culture, les calanques, la lumière, l’arrière-pays. Quand j’y suis je m’y sens très bien.
Montréal, mes hivers là-bas et mes étés à Marseille. J’adore faire du ski de fond.
En attendant c’est New-York-Eindhoven.

Si tu étais un moment de la journée ?

Le dîner et la préparation du dîner. C’est une pause pour moi et un moment agréable où tu prépares à manger pour les gens que tu aimes. Le dîner est le meilleur repas de la journée.

Si tu étais une couleur ?

Vert émeraude car il est un peu bleu et c’est magnifique.

Si tu étais un objet ?

Une belle pierre J’ai hésité mais si je devais être un objet je serais une belle pierre, comme celles qui servent de marqueurs aux randonneurs. C’est l’objet parfait du design qui regroupe la nature et l’intervention humaine. C’est un objet qui est beau, qui est utile.

Si tu étais une plante (fleur, arbre…) ?

Le lichen. Sûrement peut-être parce que ma mère est bretonne. C’est du design dans le design, et c’est très beau. Les couleurs et les formes sont extraordinaires. Ce sont des cycles de vie que toi en tant qu’humain tu ne peux pas concevoir et je trouve ça superbe.

Si tu étais un livre ?

Le Maître Ignorant de Jacques Rancière. C’est tout moi. J’adore cette philosophie ; savoir sans savoir et partager. Les titres de chapitres sont extraordinaires.

Si tu étais un bruit, un son ?

le bruit du vent dans les pins

Si tu étais une odeur, un parfum ?

l’odeur de la bruyère au soleil sur les côtes bretonnes

Si tu étais une femme célèbre ?

Georgia O’Keeffe qui est une artiste peintre, sculpteuse extraordinaire. Elle a vécu dans le désert du Nouveau Mexique. Elle avait une approche holistique, complète et intégrale de la vie. C’est une grande femme.

Si tu avais un super pouvoir ?

celui d’apprendre très très vite comme Leelou dans le Cinquième Élément. Elle a 5000 ans de retard et elle doit apprendre toute l’humanité en cinq minutes. C’est un super pouvoir.