Portrait n°3

Pierre Bonnefille

Artiste,peintre,designer

Toi, en quelques mots ?

Je m’appelle Pierre Bonnefille. Je vis entre Paris et Maison-Alfort. Je suis artiste, peintre et designer. Je crée des compositions murales, des peintures, des objets, des pièces uniques de mobilier. J’interviens beaucoup sur des commandes spéciales Certains architectes me confient l’intérieur de leur lieu et me demandent des propositions en résonance ou en rupture avec ces espaces.

Ton moyen de transport au quotidien ?

Dans l’ordre de récurrence, la bicyclette, le taxi et la voiture. À Paris, je n’arrive pas à me garer et ça coûte une fortune, alors quand j’ai des rendez-vous je fais une tournée en taxi et sinon je me déplace à bicyclette, entre mon atelier à Maison-Alfort et la rue Breguet, près de Bastille. 9km au total. Je longe la Marne, traverse le bois de Vincennes, puis direction Bastille par l’avenue Daumesnil. Ça me prend 35 minutes environ.

Le vélo, moyen de transport ou style de vie ?

Une philosophie ! Je fais du vélo depuis tout petit. Je suis né dans le Nord mais j’ai passé mon enfance à Saint-Etienne, dont la spécialité était la mine, les armes et les cycles. Il y avait Manufrance ou encore Mercier, qui faisait des très jolis vélos. J’ai commencé le vélo sur les routes de Haute Loire. J’ai monté le col de la République, le premier col d’altitude franchi par le Tour de France en 1903, et je faisais la journée Vélocio, en hommage à l’inventeur du cyclotourisme. Je suis plus balade que performance. Mais il m’arrive de rouler au Polygone de Vincennes sur mon Cannondale Caad8, surtout depuis qu’ils ont refait la piste.

Quel type de vélo utilises-tu ?

J’ai toutes sortes de vélos, aussi bien un Brompton pliant que des vélos de course, des vélos historiques comme le Pedersen et des fast bikes. Je trouve un charme à tous les types de vélo. Le plus souvent j’utilise un Riese & Müller : très rapide, très sûr, très mastoc. Il correspond bien à ma morphologie. Pour me balader, j’aime beaucoup le Pedersen. Il est équipé avec des freins Paul. Ce sont des freins américains usinés et non moulés, c’est à dire travaillés dans l’aluminium massif. Une qualité de freinage insensée, et un groupe Campagnolo. La selle est suspendue, comme un hamac. C’est d’un confort inouï ! On ne peut pas pédaler en puissance mais on est très relax. Pour le plat c’est absolument idéal. C’est un ingénieur danois qui a mis cela au point en 1880. Il faisait des ponts, d’où la structure en doubles triangles. C’était à l’époque un des vélos les plus légers parce qu’au lieu de faire un tube en acier, il faisait deux tubes fins de 10 mm soudés avec beaucoup de précision. Le mien est brun glacé. C’est une pièce unique, avec un cadre non pas sur mesure mais à ma mesure. Un ami à moi en a un vert anglais avec des poignées en cuir, très chic aussi !

Tu t’habilles comment à vélo ?

Ça dépend de mon programme. Si j’ai rendez-vous Place Vendôme, j’y vais en tenue de ville. Pour la pratique sportive, j’aime beaucoup Rapha : innovant et classique à la fois ! Et ils ont développé une dimension communautaire. Ils organisent des sorties avec les clients réguliers. À Londres, ils ont un très beau café. Un vrai café de cyclistes : les coursiers londoniens et les hommes d’affaire accrochent leur vélo en arrivant, boivent un café et repartent travailler.

Quels accessoires ne te quittent jamais ?

Iphone, Ipad, évidemment. Ils ne sont pas encore greffés, mais ça ne devrait pas tarder. Autrement, un crayon graphite Palomino Blackwing. En diminuant la pression, la mine glisse plus vite sur le papier. Je m’en sers pour dessiner. Mes calepins, je les perds et pour les aquarelles il faut attendre que ça sèche, alors j’utilise des feuilles A4 de papier Opale que je plie en quatre. Pour se déplacer léger, c’est pratique. J’ai aussi un portefeuille Vuitton. Et un stylo plume équipé d’une plume Naginata Togi (NDLR – littéralement en Japonais “plumes sabres”), créée par le grand maître tailleur de plume Nobuyoshi Nagahara. La mienne est une triple, qui permet de faire trois épaisseurs de trait. Je dépense autant dans mes stylos plume que certains dans leurs ordinateurs. Mais il n’y a pas de dépense d’énergie, ni de datas qui nous polluent tous !

La mode : un peu ? Beaucoup ? Passionnément ?

Je ne fais pratiquement pas de shopping, sauf chez l’Éclaireur. Aujourd’hui je porte une veste Paul Harden en laine, genre vêtement de travail. Elle est rappée sur les manches, mais je l’ai faite réparer. J’aime cette idée de réparer les choses, de la même manière que les vélos. Comme je suis très grand, je suis toujours à la limite du prêt-à-porter. C’est quasiment tout sur mesure, à part mes t-shirts, que j’achète chez James Pierce à Los Angeles. Mes souliers viennent de chez Pierre Corthay. Et puis je fais faire mes lunettes chez Franck Bonnet.

Quel type de sac utilisez-vous ?

Je porte toujours un petit sac à dos. J’en ai de différentes couleurs, que je choisis en fonction des occasions. Dans ma ville, je n’ai pas trouvé de sac vraiment adapté à mes besoins. Et ce n’est pas faute d’avoir cherché !

Une anecdote à vélo ?

Un souvenir merveilleux. Il y a deux ans avec Anne-Sophie (NDLR – la fondatrice de la marque ann/so) et des amis, on s’est retrouvés à Eindhoven, pour la Deutsche Design Week. Eux avaient loués des vélos sur place et moi j’avais amené mes vélos en van. On allait d’expo en expo. On a diné tous ensemble chez Piet Hein Eek, dans les anciennes usines Philipps.
Et puis cet été, après le confinement, je suis allée en Provence et en Savoie avec mon épouse. Les vélos dans le van, une glacière et basta ! On ne s’arrêtait plus sur les aires d’autoroute. On prenait de l’essence et on déjeunait sur le parking. Le reste du temps on se déplaçait à vélo. La belle vie !

« Vu ma taille, je suis toujours à la limite du prêt-à-porter, alors j’achète quasiment tout sur-mesure »

Le vélo à Paris, qu’en penses-tu ?

C’est une très bonne chose, ça va changer les esprits et les mobilités. Ça va rendre la ville plus respirable. Par contre il y a un moment d’adaptation forcément compliqué. Personne ne trouve sa place. Paris n’est pas une ville pensée pour le vélo. C’est une ville qui se bricole pour le vélo à marche forcée, entre les premières autoroutes cyclistes et les pistes trop étroites complètement casse-gueules. Contrairement à Eindhoven par exemple, ou à Kyoto. Là-bas, tout est permis aux cyclistes. On peut rouler sur les trottoirs, griller les feux, prendre les sens interdits. Tout le monde le fait, y compris les parents avec leurs enfants.
Ce que j’aime en région parisienne, c’est le tour de la Marne. On longe Maison-Alfort, les péniches, les jardins ouvriers vers Créteil, le bras du Chapitre, le port autonome de Créteil, puis Varenne avec des maisons normandes, et enfin Joinville le Pont. Ça fait 16km, c’est extrêmement agréable !

Tes bons plans pour un week-end à Paris ?

S’habiller chez l’Éclaireur, déjeuner au Bruit à la cave à Saint-Maur des Fossés, dîner au restaurant japonais Yen rue Saint-Benoît.

Quel sac te correspond le plus ?

Le Tako n°1. Encore une fois, c’est celui qui correspond le mieux à ma morphologie. J’aime beaucoup la couleur vive qui tranche avec la sobriété de la forme.

« J’ai commencé le vélo sur les routes de Haute Loire. J’ai monté le col de la République, le premier col d’altitude franchi par le Tour de France en 1903, et je faisais la journée Vélocio, en hommage à l’inventeur du cyclotourisme. Je suis plus balade que performance »

Portrait chinois

Si tu étais une ville ?

Rio de Janeiro

Un moment de la journée ?

L’heure de l’apéro. Entre 19h et 20h.

Une couleur?

Ocre rouge

Un objet?

Un crayon graphite

Un parfum?

L’humus, la terre

Une plante ?

Un acer palmatum

Un livre?

Les cinq méditations sur la beauté de François Cheng

Un bruit ?

Un bol tibétain.

Un pouvoir magique ?

Le pouvoir de léviter

Une personne célèbre ?

Bouddha